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La Chancelière

La plupart des maisons de Saint-Satur sont construites sur un coteau particulièrement agréable, orienté plein sud il reçoit le soleil toute la journée et jouit d’une chaleur et d’un éclairage maximum. De plus la vue s’étendant sur le vallon du Ru est agrémenté sur la droite par la colline de Sancerre qui de ce côté offre bois, cultures et vigne, couronnés par le château. Quand j’étais enfant je regardais avec délices de la terrasse de La Chancelière passer la micheline rouge et ocre (Cosne-Bourges) qui traversait à mi-hauteur la colline depuis le viaduc jusqu’à la gare de Sancerre.
C’est au milieu de cet écrin qu’a été construite La Chancelière à l’angle de la grand’rue (maintenant rue Hilaire-Amagat) et la rue de Chappes (ex rue des juifs), son nom est inscrit sur le portail qui donnait accès aux calèches. Sur le mur d’enceinte, au-dessus de la petite porte jouxtant ce portail on aperçoit la seule date qu’on a pu relever sur la maison : 1792.
Nous avons très peu de documents sur le passé de cette maison mais en en faisant parler l’architecture nous en devinons l’histoire : ses grandes caves pour le vin, la solidité de l’édifice et ses vastes greniers pour stocker les céréales indiquent qu’elle a été conçue pour un usage agricole. Mais nous ne savons pas si c’est à l’initiative d’un agriculteur ou du monastère qui gérait les intérêts de Saint-Satur et l’utilisait pour ses propres cultures ou la mettait, au moins en partie à la disposition d’agriculteurs sous une forme semblable aux actuelles coopératives.
La maison a été construite en deux temps :
Au XVIe siècle une première construction de huit mètres. sur la grand’rue et profonde douze mètres adossée à une belle tour ronde contenant un escalier à vis permettait d’atteindre depuis la cour ouest le rez-de-chaussée et le grenier. Au sud une porte donnait accès au jardin à partir des caves, et à l’est un escalier permettait d’atteindre le puits de la maison. Un deuxième puits, commun celui-là, est visible dans le mur de la rue de Chappes.
Au XVIIIe siècle, l’édifice a été agrandi, preuve qu’il rendait le service qu’on en attendait : en gardant la même profondeur il a été prolongé à vingt-cinq mètres. Cette extension a été faite en une fois et de telle façon que la maison d’origine a été vraiment fondue dans l’édifice et repris dans le style du XVIIIe. Toutes les ouvertures portes, fenêtres et portes-fenêtres, de grande taille, sont encadrées de pierres de taille et, à l’intérieur comme à l’extérieur, elles sont cintrées donnant un aspect souple et agréable à l’ensemble. Le toit est mansardé et agrémenté de lucarnes. Les pièces sont grandes, hautes de plafonds, trois mètres même dans le grenier. Les plafonds étaient tous à poutres apparentes avec des belles poutres de chêne, les sols étaient garnis de tomettes. La charpente en chêne aussi est magnifique. L’ensemble a été très soigné. Il est robuste, homogène et très équilibré. Tout a été fait pour que l’on se sente à l’aise dans un espace majestueux et très clair.

Les deux étages de greniers destinés à supporter la charges de lourdes récoltes de grain pour les sécher et les stocker ont des planchers solides faites de poutres de chêne larges et solides reposant sur trois murs parallèles de 60 cm d’épaisseur (sur 100 mètres. de long : 60 m2 déjà un bel appartement à Paris !) et le sol est garni de belles tomettes.
Il existe cinq caves (500 m2 en tout), l’une, celle de la maison du XVIe, voutée est orientée nord-sud, les autres sous l’extension du XVIIIe, sont orientées est-ouest, les deux inférieures sont voutées, les autres ont un plafond en poutres. Le sol de toutes ces caves est en tomettes disposées en lignes sur la longueur dessinant des chantiers destinés à recevoir les tonneaux.
Le long du rez-de chaussée a été construit à l’époque de l’extension une grande terrasse au sud de la maison qui domine le parc et la vue se prolonge sur la colline et le château de Sancerre. “c’est la plus belle pièce de la maison” ! Elle est plantée d’une rangée de tilleuls donnant l’été une ombre très agréable qui jointe à l’épaisseur des murs fait que cette demeure offre les étés les plus chauds une fraicheur agréable... Nous n’avons pas besoin de clim ! L’hiver avec la chute des feuilles et la taille des branchettes, nous avons une luminosité parfaite.
Si la maison vue de l‘intérieur est riante, gaie et fleurie elle offre à l’extérieur un aspect sévère et presqu’austère, à l’image de beaucoup de maisons de la région.
En fait la maison comptait cinq étages dont deux de caves, deux de greniers et un seul étage était habité. Ce n’est plus vrai : nous avons aménagé des chambres et salles de bain dans le grenier inférieur, malheureusement en cachant une partie de la charpente. Il existe maintenant deux étages habités, un seul grenier et toujours les caves . On peut voir à l’entrée des chambres des tomettes portant l’empreinte de patte de chien censées protéger les occupants de la chambres. Cette coutume existe aussi en Anjou, elle est rapportée par Hervé Bazin (dans vipère au poing ?).
Au XIXe siècle quelques ajouts ont été apportés à l’édifice qui tout en améliorant le confort n’en ont pas amélioré l’aspect. C’est ainsi que les poutres de plusieurs pièces ont été masquées par un plafond de plâtre, que plusieurs pièces dont les tomettes du sol ont été remplacées par des planchers de chêne, néanmoins très beaux, pour rendre les pièces moins froides l’hiver ; certaines pièces ont été cloisonnées en pièces plus petites pour des usages particuliers, nous sommes parvenus à corriger ce défaut.
C’est en 1910 que mon arrière-grand-père Emile-Hilaire AMAGAT a acheté La Chancelière à Henri Parent qui la tenait lui-même d’Alexandre Deguingand-Chenu, marchand de vin, des noms bien connus dans la région.
Emile-Hilaire a remis en état la maison qui avait été quelque temps abandonnée et, en bon scientifique qu’il était, l’a dotée des meilleures techniques de l’époque, en particulier installation de l’électricité et installation de l’eau courante grâce à une pompe que manœuvrait “un homme” pour pomper l’eau de l’ancien puits vers une citerne située au grenier et qui la redistribuait vers la cuisine, la salle de bains et les commodités qu’il avait fait installer dans la maison. Malheureusement il n’a pas profité longtemps de ces travaux, s’étant éteint dans cette maison le 14 février 1915, comme le rappelle la plaque posée sur la maison... mais ses descendants lui en sont reconnaissants.
Pendant la “drôle de guerre” de 1939, mon père a été envoyé au front commander un détachement d’obusiers après avoir mis sa famille en sécurité en “zone libre”. La maison étant vide a été occupée par les allemands qui en ont fait une infirmerie. L’hiver étant spécialement froid, les occupants ont brulé tous les meubles et les documents relatant les travaux d’Amagat puis le plancher du grenier supérieur. Les appareils fabriqués pour ses expériences ont été fondus pour récupérer le cuivre. Les seuls vestiges qu’ils ont laissés.
Depuis La Chancelière est restée la maison de la famille et ma mère, petite-fille d’Emile-Hilaire et héritière de la maison y a fêté ses 100 ans, entourée de ses 75 descendants directs. La Voix du Sancerrois relate cet événement dans son édition du 7 octobre 2010
Nous l’avons baptisée “La Chancelière” en référence à son rôle d’intendance agricole pour lequel elle a été conçue. Lorsque nous la comparons aux silos actuels on s’aperçoit qu’efficacité ne rime pas toujours avec beauté !

Texte écrit par Jacques Audibert-Amagat

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